L’ego, cet autre qui nous veut du mal

Serge Marquis, spécialiste québécois de la santé au travail, s’intéresse dans son livre  » Le jour où je me suis aimé pour de vrai » (Points) à la question délicate de l’ego. Encore trop peu connu, ce dernier est selon lui responsable de la plupart des maux de notre époque. Rencontre.

A l’occasion de la sortie en poche de son livre Le jour où je me suis aimé pour de vrai, il donne une conférence. A la question du caractère fictif de ses personnages, le charismatique Serge Marquis répond les yeux brillant que c’est un hommage à ceux qu’il a rencontré il y a longtemps. Maryse, la mère perdue, est inspirée d’une gastro-entérologue. Charlot, d’un petit patient de dix ans. De ceux qui vous touchent lorsque vous êtes encore étudiant : « Les enfants qui souffrent comme Charlot sont très tôt d’une maturité incroyable, explique-t-il avec une admiration toute intacte. Ils se posent des questions existentielles parce qu’ils sont malades. Et essayent d’y répondre. »

serge

Ce roman hommage autour des conversations d’une mère et son enfant prodige est la manière choisie par ce spécialiste québécois de la santé au travail de partager ses théories sur l’ego. Avec pour objectif de lancer l’alerte.

« Il y a un sentiment d’urgence sur la question de l’ego, que l’on ne connaît pas et que l’on peine à définir », explique l’ancien médecin qui a fait ses armes en pédiatrie, et qui constate aujourd’hui les dégâts de l’ego dans le monde professionnel.

LA PEUR DE NE PAS ÊTRE UNIQUE

Comment définir ce qui n’a pas toujours existé, ce fruit de l’évolution de notre cerveau et notre mode de vie ? Les auditeurs, venus nombreux ce soir-là, rient de bon cœur au souvenir de Pensouillard le hamster (de son précédent livre, le best-seller On est foutu, on pense trop, éditions Points, 2015, ndlr), la métaphore inoubliable de Serge Marquis pour imager cet ego, indissociable de nous et qui n’en fait qu’à sa tête. « L’ego est une activité dont le coeur est la peur de ne pas être unique. Il s’ensuit une quête pour le devenir, mais elle est sans fin… » D’où l’hamster dans sa roulette, s’épuisant sans but autre que de faire tourner la roue. Et selon lui, impossible d’y échapper : « l’ego est partout. Même dans les attentats ». Le spécialiste pèse ses mots : « Il tourne en effet autour de l’affrontement : se sentir vivant en s’opposant, pour donner l’impression qu’on est différent. Sa dynamique est de gagner. Se rendre équivaut à mourir : si je perds, je disparais. »

pensouillard

« L’EGO EST UN OIGNON »

La dissolution de l’ego serait donc la solution ? Le docteur est quelque peu pessimiste : « L’ego nous rattrape toujours. » Dans une société où, d’après l’analyse des corps post-décès, seulement 3% des gens meurent « en paix », – les autres étant physiquement rongés par les remords, la culpabilité ou des problèmes variés -, il paraît urgent de trouver un remède à ce mal du siècle. «  La solution est d’apaiser sa peur de toujours vouloir être plus. Plus l’ego prend de la place, moins la possibilité d’être nous-même se manifeste. » Sans ego, l’Homme est plus que jamais capable de bienveillance et d’amour. C’est le travail de toute une vie : « L’ego est un oignon, avec différentes pelures identitaires : je suis ce que je possède, ce que je fabrique, ce que je pense, ce à quoi je ressemble, etc. » Fort heureusement, « nous ne sommes aucune de nos pelures, mais des êtres capables d’aimer, de s’émerveiller, de savourer, de créer et d’apprendre ». C’est la touchante morale de la belle histoire de Maryse et Charlot, qui ne ferait d’ailleurs que commencer : « J’ai voulu transmettre quelque chose qui m’habite, sans pourtant aller au bout de ces émotions. » Bientôt la suite ? On lui laisse le temps de faire revenir l’oignon ! •

Le jour où je me suis aimé pour de vrai (2016) et On est foutu, on pense trop (2018) de Serge Marquis, éditions Points.

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