Témoignage : La brune et son chat

Ceux qui m’ont rencontrée après février 2020 m’ont forcément déjà vue avec mon chat, Pacha. Ce Norvégien d’un an est entré dans ma vie par surprise, littéralement. Malheureusement, Pacha était très malade. Et, aujourd’hui, Pacha est parti.

C’était un week-end de janvier comme un autre, à Paris. La grisaille était de mise. Mon mari, qui était de retour pour quelques jours dans la capitale, m’avait organisée une belle surprise. Au terme d’un long périple en métro avec lui, j’ai découvert un appartement. Dans cet appartement, il y avait un élevage. Dans cet élevage, il y avait des chats.

Parmi ces chats, se trouvait Pacha.

La rencontre

Il était gris. Il était casse-cou, taquin (les éleveurs devaient l’enfermer dans une pièce à part, loin de ses camarades, qu’il embêtait sans vergogne…), pas farouche pour un sou. Mais surtout, il était éclopé. A quatre mois, Pacha boitait, séquelle d’un coryza qui avait manqué de lui ôter la vie. Malgré cela, il avait en tête de nous séduire, mon mari et moi. Voilà qu’il escaladait la poubelle, sautait sur les meubles, glissait sur le carrelage… se rétamant une fois sur deux. Les éleveurs ont tôt fait de nous apprendre qu’il avait tout juste été « refusé » par sa première famille adoptive, effrayée des éventuelles séquelles du coryza. Ils suspectaient alors la fragilité du chaton.

« Et nous ? Nous, nous ne suspections rien. Nous ne connaissions pas la gravité du coryza. Nous étions simplement tombés amoureux des yeux verts de Pacha, brillant de joie de vivre. »

Certes, Pacha boitait, et alors ? Nous avons rapidement conclu qu’il était déjà suffisamment admirable qu’il ait survécu au coryza, mortel pour la plupart des chatons en bas âge. Pacha était un battant, un fougueux, un sanguin.

De fait, à aucun moment l’éleveur ne nous a parlé des nombreuses maladies qui pouvaient découler du coryza. Il a toutefois accepté de nous faire une « remise » sur le chaton, car son boitement allait probablement rester à vie. Le vétérinaire conseillé par l’éleveur nous a remis le bilan de santé complet de Pacha, n’indiquant aucun signe anormal.

Nous avons par conséquent réservé le chaton et sommes revenus le chercher dix jours plus tard. Dans le taxi jusqu’à mon petit appartement, dans le 17e arrondissement de Paris, il n’a pas, ou très peu, miaulé. Nous étions sur un petit nuage : Pacha nous avait choisis.

La première photo de Pacha, chez l’éleveur, à Paris, en février. Il avait les plus beaux yeux du monde !

Une fois dans l’appartement, le chaton a rapidement pris ses marques.

Pacha tout juste sorti de sa panière.

« Pour accueillir Pacha, nous avions fait une énorme commande sur Zooplus, le site de référence pour animaux de compagnie. »

L’arrivée d’un chat se prépare. Nous avions commandé une panière souple pour son transport, un arbre à chat (1m80 de hauteur, un colosse !), des gamelles en acier, une litière, des plumeaux, des balles et des souris à la menthe fraîche. Zooplus permettait aussi de commander litière, croquettes et pâté de la marque recommandée par l’éleveur, Royal Canin. Tout est arrivé en quelques jours.

Bientôt, mon mari est reparti en province, me laissant seule avec cette petite boule de poils grise. Et c’est là, que l’histoire a véritablement commencé.

Pacha sur son arbre colossal d’1m80, immortalisé par Charlotte, sa cat-sitteuse favorite.

Un binôme de choc

Je suis très rapidement passée de « fille qui aime les chats » à « folle qui ne pense qu’à son chat ». Impossible de me contrôler. A compter du jour où j’ai pris la responsabilité de Pacha, tout devait être parfait. C’était un petit être vivant, et son bien-être dépendait entièrement de mes actions, de mes choix.

« J’ai commencé à rentrer chez moi chaque jour, pour la pause-déjeuner. Je sautais sur un Vélib’ et allait jouer avec lui 20 minutes. A ce stade, mes collègues m’ont vraiment jugée (et je ne leur en veux pas !) »

Je pense tout particulièrement à cette soirée où, sortant de l’agence de conseil où je travaillais alors, un de mes collègues m’a suivie dans la rue pour me proposer un verre. Proposition à laquelle j’ai répondu : « Désolée, je dois aller donner de la pâté à Pacha ». J’étais stressée : j’avais déjà dépassé l’heure habituelle de trente minutes !

Le bisou du midi, sur le canapé.

En vérité, Pacha a été un avant-goût de la parenté. C’était mon bébé, mon Pachounet, ma boule de poils, mon pépère. J’avais un instinct protecteur très affirmé : il fallait constamment savoir où il se trouvait, ce qu’il faisait, s’il était bien. Et, comme tout parent, j’ai fait des erreurs. J’ai laissé Pacha jouer avec une abeille, il s’est fait piquer, sa truffe a gonflé. J’ai laissé Pacha s’approcher d’une bougie, il s’est grillé les moustaches et les poils autour des yeux. J’ai manqué de l’écraser plusieurs fois en me jetant sur mon lit, alors qu’il s’y trouvait caché. Mais globalement, je pense avoir été une bonne maîtresse depuis le premier jour.

Les éleveurs et le vétérinaire m’avaient dit que Pacha ne remarcherait jamais correctement. Plutôt que de les écouter et de baisser les bras, j’ai travaillé d’arrache-pied à lui rétablir la patte. L’arthrose avait atrophié le muscle, l’objectif était dès lors de le remettre en état. Grâce à l’arbre à chat, et au plumeau, j’ai fait descendre et monter Pacha à toute vitesse pendant nos séances de jeux. Chaque soir, j’ai massé sa patte en lui faisant écouter des musiques douces.

Et, un beau jour, Pacha a marché.

« A cette époque, tout allait bien. Nous étions inséparables. Il m’apportait tendresse et réconfort en l’absence de mon mari. Il me faisait rire avec ses étourderies, me réconfortait quand l’orage tonnait. Et puis, le confinement a été décrété. »

Le week-end qui a précédé le confinement, je devais aller à Dijon et laisser Pacha à une cat-sitter. J’ai changé d’avis au dernier moment et ai décidé de faire vivre à Pacha son baptême du TGV. Armée de mon petit panier, et des jouets de mon chaton, je me suis dirigée vers la Gare de Lyon. J’étais partie à Dijon avec un pull, un jean, mon ordinateur et un livre. J’avais plus de boites de pâté pour chat dans mon sac à dos que d’affaires à moi !

Or, ça n’a pas loupé : je ne suis pas repartie de Dijon. Nous nous sommes retrouvés confinés en Bourgogne, pour ce qui a été notre plus belle aventure en trio : Pacha, mon frère et moi.

Le confinement à trois

En confinement, Pacha était le meilleur acolyte qu’on puisse imaginer. Mon frère révisait ses cours de médecine le jour et travaillait à l’hôpital la nuit. Avec mon chaton, nous faisions la paire : il mangeait et dormait avec moi. Il m’a permis de supporter la solitude, d’apprécier le fait d’être confinée (car j’étais avec lui nuit et jour), de redoubler d’effort pour organiser mon mariage le mieux possible. Quand je faisais de la gym chaque soir sur un tapis dans le salon, il jouait avec mes pieds et mes cheveux. Quand je regardais Le Roi Lion, il venait se glisser sous la couette pour mirer Simba avec moi, tout émoustillé.

Mon frère a rapidement trouvé une ressemblance frappante entre Pacha et… je vous laisse deviner !

Mais Pacha grandissait à vue d’œil, et, son tempérament de mâle dominant devenant de plus en plus agressif, il a bien fallu le faire castrer.

En l’auscultant, le vétérinaire bourguignon, que j’avais trouvé sur Google, a marqué une pause. Avant de dire : « Aie. Est-ce que vous avez déjà remarqué de la bave, dans la bouche de votre chat ? »

« C’est pendant le confinement que l’état de santé de Pacha s’est aggravé. J’ai découvert le pot-aux-roses en l’emmenant se faire stériliser… »

Les petites sorties quotidiennes dans la cour intérieure de l’immeuble, à Dijon.

J’ai souri. Bien sûr que Pacha bavait. On rigolait d’ailleurs souvent à ce sujet avec mon frère, qui tentait désespérément de couvrir ses fauteuils pour que la « bave mortelle » de Pachounet ne les défonce pas. Il aimait Pacha, certes, mais il aimait aussi ses beaux fauteuils. Ni lui ni moi n’aurions pensé que la bave était le symptôme d’un mal très grave.

Le vétérinaire a fait preuve de sagacité. Pacha était sûrement porteur du calicivirus, qui lui créait des ulcères partout dans la bouche.

« Ce jour-là, j’ai appris que Pacha mangeait et jouait alors qu’il souffrait le martyre depuis des semaines. »

Les examens sont tombés une semaine après la stérilisation de Pacha. Il avait bel et bien le calicivirus. Seul traitement possible, l’édentation complète. Oui, vous avez bien lu : le fait de retirer à Pacha toutes ses dents.

« Comment Pacha pourrait-il vivre sans dent ? N’était-ce pas là la fierté du félin ? Comment mangerait-il ses croquettes ? Avalerait-il sa pâté ? Chasserait-il les grillons (dans l’optique où j’aie un jour une maison)? »

Quand j’ai appris le diagnostic du vétérinaire, je me suis effondrée. J’ai tenté de repousser l’échéance : peut-être qu’avec des anti-inflammatoires et de la pommade, nous pourrions guérir les ulcères… Je lui ai administré son traitement avec rigueur et patience, matin et soir, pendant trois semaines.

Mais ça n’a pas fonctionné et, en juillet, une fois de retour à Paris, il a fallu l’opérer.

Le jour de l’opération de Pacha, mes collègues vous diront que j’étais dans un état second. Je ne pensais qu’à son petit corps tout doux, ses petites dents délicates, sa truffe anesthésiée. Quand mon mari m’a appelée en fin d’après-midi pour m’apprendre que Pacha s’était réveillé, que l’opération s’était bien passée, un énorme poids s’est envolé. Mais tout restait à faire. Il fallait que Pacha ait la force de guérir, cicatriser, boire et manger, avec des fils plein la bouche. Ce soir-là, il est resté lové en boule sur le canapé, sa petite langue pendant hors de sa bouche, sans dents pour la retenir.

« Pacha s’est accroché. Contre toute attente, même sans dent, il a continué à manger, à jouer, à miauler. A ce moment, je me suis dit qu’il aurait une longue et belle vie à mes côtés. »

L’été du mariage

Les semaines qui ont suivi l’opération de Pacha ont été très intenses.

Il a changé plusieurs fois d’appartement, et a voyagé avec nous alors que nous sillonnions la France pour notre mariage civil et religieux. Il dormait sur mes genoux, dans la voiture, pendant que mon mari conduisait. Je me souviendrai toujours de cette scène où j’ai sorti la gamelle de Pacha en pleine aire d’autoroute, pour qu’il mange en même temps que nous ! Une famille s’est même arrêtée pour caresser ce chat en laisse… J’étais persuadée que Pacha était un chat robuste qui ne se laisserait pas démonter.

Pendant nos trajets en voiture, Pacha se lovait sur mes genoux et dormait, bercé par le moteur. Je précise qu’il était bien attaché, et ne présentait aucun danger pour le conducteur 🙂

Grâce à Lika Banshoya, Pacha est d’ailleurs à l’honneur dans notre reportage de mariage.

Sur l’escalier de la maison familiale, pendant que les mariés décorent la salle de réception.
Crédit : Lika Banshoya Photography.

En août 2020, fraîchement mariés, nous avons pris la direction de l’aéroport. Avec Pacha. Tout était prêt : son passeport (oui, il faut un passeport pour les chats !), sa panière (avec une protection spéciale s’il avait une petite « fuite » pendant le vol), sa pipette (pour lui donner de l’eau chaque heure), son spray à la valériane et sa peluche lapin préférée. Parce que notre vol n’était pas complet, nous avons eu l’autorisation de mettre la panière entre nos deux sièges et de l’ouvrir. Là, allongé, Pacha a ronronné pendant le voyage, calme et serein.

A ce moment, j’ai pensé qu’il serait un compagnon de voyage idéal pour toutes nos futures expatriations (et il y en aurait !)

« Le début de l’expatriation fut parfait. Une fois à Fort-de-France, Pacha est devenu roi en sa grande maison. »

Quand j’y repense, je me dis que c’est assez dingue, cette histoire. Un petit chat éclopé, dans un élevage parisien, rejeté de tous, est devenu un beau matou svelte dans une maison antillaise !

Au début de la Martinique, il a découvert le jardin, les crapauds-buffles, les cigales, l’herbe (qu’il ne pouvait malheureusement plus mâcher… sans dents !). Il sortait à la tombée de la nuit et j’allais le chercher au moment du coucher. Quand mon mari s’absentait, il s’étalait de tout son long dans notre lit. Il descendait à toute vitesse les escaliers.

La question du « on le laisse aller dans le jardin ou pas ? » est devenue une problématique de premier ordre. Je voulais que Pacha vive, qu’il se sente libre, surtout après ces longs mois de « captivité » en appartement. C’était un chat, que Diable ! Il fallait qu’il puisse humer les fleurs et bouffer des insectes !

Pacha, épuisé par la fièvre.

« Sauf que Pacha est rentré un soir, totalement apeuré, la patte arrière repliée. Quelque chose lui était arrivé, et on ne savait pas quoi. »

La fin de l’histoire a peut-être commencé là, quand Pacha a été mordu. C’est la vétérinaire ici, en Martinique, qui a émis ce diagnostic. Elle lui a donné des antibiotiques et lui a fait une piqûre d’anti-inflammatoires, et le lendemain Pacha remarchait. Tout semblait être rentré dans l’ordre. Et pas moins d’une semaine après, le grand mal est arrivé.

Aujourd’hui, nous savons que Pacha n’a pas été mordu. C’est simplement que la PIF commençait à se réveiller.

Le mal s’est dévoilé doucement, sournoisement. Pacha était amorphe, ne bougeait plus. Sa troisième paupière (le fond de l’œil blanc du chat) est apparue. Je suis retournée chez le vétérinaire, qui a donné des antibiotiques et des anti-inflammatoires. Il avait alors 41 degrés de fièvre jour et nuit (la température normale du chat oscillant entre 38 et 39). Malgré cela, Pacha continuait de se forcer à manger matin et soir. Il se battait pour rester en vie.

« Pendant douze jours, la fièvre n’a pas diminué, quoiqu’on fasse. Les bilans sanguins étaient catastrophiques. Les défenses immunitaires de Pacha chutaient sans explication tandis qu’il devenait anémié. Je ne me suis jamais sentie aussi impuissante. »

Mon mari est le premier à avoir formulé que Pacha ne guérirait pas. Le premier à le dire ouvertement. Nous étions dans le salon, Pacha était endormi sur son arbre à chat, qu’il ne quittait plus depuis des jours maintenant. Il l’a dit sobrement, d’un coup, « out of the blues » : « Pacha est en train de mourir ».

« Je n’ai pas cru mon mari quand il a émis l’hypothèse que Pacha allait mourir. Le chaton avait survécu au coryza, à une arthrite, à une édentation, à un vol de 8 heures pour les Antilles. Comment pouvait-il quitter la partie maintenant ?

Mais petit à petit, j’ai compris que mon mari avait peut-être raison. Je regardais Pacha différemment, en me préparant à ne plus pouvoir le faire. Je regardais mon salon en l’imaginant sans l’énorme arbre à chat, que j’avais tellement insisté pour emmener dans le déménagement. Je caressais Pacha en essayant de retenir la forme de ses pattes, la douceur de ses coussinets, l’odeur de ses poils si doux.

« Après trois semaines de cauchemar, sans savoir localiser l’origine de la douleur, le diagnostic est enfin tombé, irrévocable. »

Il a fallu envoyer le sérum de Pacha en métropole, attendre les analyses, puis le coup de fil de la vétérinaire, pour apprendre qu’il avait la PIF.

La péritonite infectieuse féline, soit la maladie la plus grave qui existe chez nos compagnons à quatre pattes, a deux formes : l’humide et la sèche. Nous savions grâce aux radios de l’abdomen de Pacha qu’il n’avait pas la PIF humide (caractérisée par des épanchements dans le thorax). Mais il restait la PIF sèche, une atteinte du circuit nerveux, neurologique et lymphatique. Dans les deux cas, la seule issue possible était le décès du chat. Espérance de vie : dix jours.

Même à bout de force, Pacha continuait à veiller sur moi.

« Le compte à rebours avait été lancé. Pacha n’avait plus que quelques semaines, voire jours, à vivre et il allait falloir l’accepter. »

Les derniers jours

Pendant les 8 jours qui ont séparé le diagnostic de l’euthanasie de Pacha, j’ai découvert la bipolarité des gens vis-à-vis des chats. Il y avait à la fois ceux qui fondaient en larmes en apprenant qu’il allait mourir, ceux qui compatissaient avec ma douleur, ceux qui m’offraient des explications rassurantes ou des moyens de garder le sourire. Voici quelques-unes des plus belles phrases qu’on m’ait dites.

Pacha allait se rendre directement au paradis des chats, où il pourrait « chasser des poulets à trois-têtes, avec toutes ses dents ».

Pacha allait se réincarner plus fort, ailleurs, car les chats avaient 7 vies, et lui n’en était probablement qu’au début.

Pacha avait attendu que je sois mariée et installée en Martinique pour mourir, après avoir été malade depuis des mois – sans que je ne m’en sois aperçue.

Pacha m’avait énormément transmis. C’était même la seule mission de sa courte vie. Et c’est vrai. Il a tant fait pour moi. M’apprendre à gérer et mieux vivre le célibat géographique causé par l’armée, ainsi que la solitude. Développer mon instinct maternel. Arrêter de penser seulement à moi, plutôt aux besoins d’un petit-être qui dépend de moi. Me familiariser avec la mort, que je n’avais jusqu’alors jamais connue aussi près de moi.

« Mais de l’autre côté, se trouvaient ceux qui ne comprenaient pas ma douleur : la tristesse, l’impuissance, la culpabilité. Est-ce que Pacha serait mort si nous n’étions pas venus en Martinique ? »

Il y avait ceux qui disaient froidement que c’était « juste un chat », qui levaient les yeux au ciel, qui riaient parfois aux éclats. Ceux qui disaient qu’il n’y avait pas de paradis pour chat. Ceux qui me disaient, tout simplement, d’en « reprendre un ». A ces derniers, j’avais envie de hurler : « Reprendre un Pacha ? Et comment je fais, exactement ? Comme je fais pour retrouver son visage, son tempérament, sa douceur, sa joie ? »

« Ceux qui aiment VRAIMENT les chats savent qu’il n’y en a pas deux semblables. »

Je n’en veux pas à ceux qui m’ont fait de la peine en moquant ma tristesse. Il faut vivre une histoire privilégiée avec un chat pour comprendre la tendresse et l’amour inconditionnel qu’ils nous apportent au quotidien.

« Il revenait désormais à moi, et moi seule, de programmer l’euthanasie. Je voulais repousser l’échéance, mais Pacha a commencé à faire des crises de paralysie. »

Quand le diagnostic de la PIF est tombé, la maladie avait atteint un « plateau », c’est-à-dire que la fièvre était tombée. Pacha reprenait petit à petit du poil de la bête. J’ai même pensé, le temps d’un instant, que le diagnostic était mauvais, qu’il allait s’en tirer, qu’il n’y avait pas de PIF sèche dans son petit corps tenace. Mais la fièvre est revenue brutalement un matin, cette fois-ci accompagnée de convulsions.

Pacha était soudain paralysé. Ses pattes du côté droit ne pouvaient plus fonctionner. Quand les crises (de quelques minutes) se produisaient, Pacha, parfaitement conscient, se mettait à pleurer, à paniquer, à me chercher. Il tombait sur le sol, se courbait dans tous les sens pour retrouver l’usage de ses pattes. Et moi, je m’effondrais. Les convulsions annonçaient la perte progressive de sa mobilité. Il allait devenir aveugle. Il allait devenir incontinent. Il allait devenir handicapé.

C’était la fin.

« J’ai dû prendre l’une des décisions les plus dures de ma vie. Et, le 26 octobre 2020, juste avant midi, Pacha est parti. Sa patte dans ma main, il s’est endormi. »

Une fois chez le vétérinaire, cette dernière a piqué Pacha dans le muscle de la patte arrière. En deux minutes, il dormait. J’ai pu le prendre dans mes bras, le tenir une dernière fois contre moi. Son petit corps était très léger sous anesthésie. On aurait dit une boule de poils malléable, plus que jamais une peluche. J’ai murmuré que je l’aimais et que je ne l’oublierai jamais. Je suis sortie quand la vétérinaire a fait l’injection létale, mais mon mari est resté aux côtés de Pacha. Il m’a raconté qu’au moment de mourir, il a miaulé, brièvement, dignement. Comme pour nous dire « merci ».

Je suis revenue dans la pièce après, pour voir Pacha sous une couverture blanche. Il avait les yeux grand ouvert, vides. Je suis restée près de lui, caressant ses pattes, embrassant ses babines. A ce moment, j’ai compris à quel point il avait été malade, maigre, faible. Inerte sur la table du vétérinaire, il n’était plus le chat vigoureux du début. J’ai compris à cet instant que j’avais pris la seule décision possible pour lui offrir un départ digne.

Voilà. Un nouveau chapitre s’ouvre, avec de nouveaux défis. Je remercie ceux qui m’ont soutenue, écrit, apaisée. Je remercie ceux qui n’oublieront jamais Pacha, pour qu’il reste en vie dans nos cœurs. Je remercie ceux qui ne jugeront pas cette brune un peu extravertie qui a fait encadrer la dernière photo d’elle et son chat dans sa chambre, pour qu’il continue de la veiller dans son sommeil.

Mon mari m’a dit qu’un jour, la PIF ne sera plus invincible. Qu’un jour, la médecine trouvera comment sauver le système nerveux du chat pour que d’autres maîtres n’aient pas à connaître la même douleur que moi, ni ce mal sans rival qui m’a pris, en seulement un mois, mon Pacha. » – The end

Dernière photo avec Pacha, au crépuscule, un vendredi soir d’octobre.

Pour conclure cet article, je recommande à ceux qui le souhaitent de visionner la vidéo très touchante de la YouTubeuse Healthy Pets, qui explique le processus de deuil après la mort subite de Scarlett, son chat bien-aimé.

10 commentaires

  1. Ilham

    Je viens de te lire, je viens de « vous lire… » ton récit est tellement palpable que je n est pas de mots, que des maux ! Ce sentiment de tristesse profond qui rempli mes yeux de larmes. A ce chagrin ce mêle ce constat stupéfiant de la puissance infinie qu’est l amour , qu’importe qui on aime, qu il soit un humain ou un animal ! Tout à un sens même si on ne comprend pas tout ici et maintenant. Un jour on se retrouvera tous dans l éternité et en attendant Pacha va continuer sa route, ses expériences tout comme tu vas te réaliser, il t auras rendu plus forte avec ses valeurs incontestables d empathie et d altruisme qui t appartiennent dors et déjà 🙏🤗❤️

    J'aime

    1. YouMayBeBlue

      Merci pour ton commentaire Ilham… Je suis très touchée que tu aies lu mon article et qu’il ait provoqué de l’émotion en toi. Le petit Pacha a eu une vie courte, malheureusement c’est aussi le cas de nombreux autres chats, qui n’ont, eux, pas la chance d’avoir une famille aimante ni un cocon de sécurité… Un jour je serai prête à adopter un autre chat, pour rendre heureux un autre animal, et donner un peu de ce trop plein d’amour que j’ai dans mon coeur. Je t’embrasse très très fort, merci encore pour tout, d’être là !

      J'aime

  2. Nox

    Une histoire touchante et compliquée pour ce petit chat au tempérament inébranlable… ❤
    Je comprends et compatis complètement. J'ai toujours vécu avec des chats, dont certains sont partis, et il se trouve que je suis devenue vétérinaire… Ce qui m'a conduit en position doublement difficile : euthanasier mon plus vieux et cher compagnon par exemple…
    Je ne dirais pas qu'il n'y a pas de mots : ton témoignage en est la preuve 🙂
    Un jour oui vous aurez la force d'adopter un nouveau compagnon pour partager cet amour 🙂
    Chaque animal est unique, chaque histoire est unique et aucun ne "remplacera" les autres, ça ne marche pas comme ça. Le deuil d'un animal de compagnie est un deuil.
    Ceux qui ne comprennent pas n'ont qu'à ouvrir un livre de psychologie. Mais souvent, ceux qui "éclatent de rire", pour reprendre tes mots, sont trop égocentriques pour s'intéresser à la douleur des autres au sens large… (qu'elle soit animale ou humaine) voire manque cruellement d'empathie ce qui en dit long sur leur propre "âme"…

    Voilà je laissais juste un petit mot doux pour dire que le paradis des chats existe bel et bien (alors que celui des cons, c'est pas gagné … ) 😉

    J'aime

    1. YouMayBeBlue

      Bonjour Nox,
      J’ai lu ton beau message avant de m’endormir et il m’a particulièrement touchée. Ce témoignage a été rédigé dans les larmes ; très souvent, et ce malgré les mois qui passent ; je continue de ressentir le manque de mon petit Pacha. C’était un vrai guerrier, un compagnon affectueux, même au pire de sa maladie. Je ne peux qu’espérer qu’il soit mieux où il est aujourd’hui ( et tu as raison, il doit être au paradis des chats à goûter des délicieuses souris, lui qui n’avait plus de dents dans la « vraie vie »!) J’attends d’en savoir un peu plus sur mon futur pour reprendre un chat, et cette fois ce ne sera pas un chat d’élevage, car cette histoire m’a dégoûtée. L’éleveur qui me dit que « c’est de ma faute » s’il a développé la PIF, parce que je l’ai fait déménager… j’en ai encore la mâchoire crispée ! Peut-être que les Norvégiens sont trop fragiles, et qu’il me faudrait cette fois un bon « chat de gouttière », comme ceux de mes parents.

      C’est magnifique comme vocation, vétérinaire, j’imagine que tu dois voir de choses tragiques mais aussi de beaux miracles. Ton meilleur et plus vieux compagnon a « eu de la chance » de partir avec toi, il devait se sentir en sécurité – moi je n’ai pas réussi à rester dans la pièce…
      En tout cas je ne peux qu’apprécier les amoureuses des chats comme toi !

      Merci encore une fois pour ces doux mots, et tes commentaires !
      A très vite sur nos blogs respectifs 🙂

      Aimé par 1 personne

      1. Nox

        Je comprend que cela reste douloureux, il faut laisser passer beaucoup de temps… parfois des années.
        Un éleveur sérieux connait les maladies fréquentes et n’aurait jamais dit une chose pareille… Et un éleveur sérieux ne doit pas avoir de tels virus dans son élevage (je parle du coryza-calici de départ) … Bref… 😦 Les élevages d’animaux de compagnie sont comme tout le reste : il y a de vrais bons professionnels , et il y a les autres… Ni toi ni les chats n’en sont responsables et ce genre d’éleveurs continueront d’avoir des clients car la plupart du temps, une fois qu’on est face à l’animal, même s’il est donné/vendu dans les pires conditions, on a toujours envie de le « sauver »…
        C’est compliqué. Et ça ne ramènera pas Pacha.. 😦
        Un chat de gouttière est souvent moins fragile qu’un chat de race mais pour autant je suis bien placée pour savoir que l’on peut avoir la malchance avec un chat de gouttière… Tu peux te renseigner sur les prédispositions raciales des chats sur le(s) sites du LOOF ou de labos sérieux comme Antagène, si cela t’intéresse.
        Je dirais que le facteur « race », pour un Norvégien, n’est pas trop handicapant.
        En tout cas il y a tout un tas d’animaux à adopter, y compris des jeunes et des moins jeunes, y compris des chats de races en associations ou refuges 🙂
        Vétérinaire c’est une vocation en effet ! Depuis gamine je voulais être « vétérinaire ou écrivain » 🙂 et je suis très heureuse de faire ce métier tous les jours. Même s’il comporte son lot de contraintes, je n’échangerais pour rien au monde 🙂
        Je suis encore pire qu’une amoureuse des chats 😀 et des animaux en général ! Je dirais que mes chats sont véritablement mes bébés, comme tu l’as décris aussi. Je leur voue un culte … :p
        Merci pour ta réponse ! Je te dis à bientôt 🙂

        J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s